Tribune, Réfugié·e·s, migrant·e·s, vous êtes les bienvenu·e·s

LIBERTÉ de CIRCULATION ! Réfugié·e·s, migrant·e·s, vous êtes les bienvenu·e·s

Le milliardaire qui n’aimait pas les sans-papiers

Cet homme là rêvait de devenir président, et “promit” d’expulser onze millions de Mexicains et autres Latinos sans – papiers. Il annonça aussi la construction d’une grande muraille du sud contre ces envahisseurs. Il faut dire que son honorable prédécesseur avait lui-même doublé le nombre d’expulsions et permis de construire une partie de cette muraille.
Devenu président, il décréta que les papiers des ressortissants de sept pays ne valaient plus rien : dehors, ces nouveaux sans papiers ! (comme par hasard issus de pays musulmans…). Mais la justice de son pays entreprit de lui mettre des bâtons dans les roues. Certains diront que les juges ont entendu les cris de grands patrons furieux d’être privés de salariés immigrés fort compétents.
Précisons surtout que les multiples manifestations contre la xénophobie d’État ont dû aider les juges à résister aux trompettes de la xénophobie.
De telles manifestations, massives, contre ce décret scélérat, eurent aussi lieu à Londres. Il faut dire que ce pays est lui aussi touché par la xénophobie d’État. Le gouvernement de dame May est chargé de mettre en œuvre le Brexit, devenu majoritaire à la suite d’une campagne électorale durant laquelle les polonais furent accusés de venir voler le pain des anglais …
Et en France ? Rien de tel, bien sûr ! Les expulsions se poursuivent, ceux qui aident les sans papiers sont poursuivis, madame Le Pen rêve de pouvoir faire comme Trump, et nombre d’honorables candidats font assaut de formules précautionneuses…

Manifestants de tous les pays, unissez vous !

Un mois après l’élection de Trump, on ne pouvait déjà plus faire – aux États-Unis – le décompte des manifestations qui se dressent en particulier contre la politique xénophobe du président.
Ainsi, le 28 janvier, au lendemain de la signature du décret refoulant les voyageurs issus de pays musulmans, une vague de manifestations avait lieu, en particulier dans les aéroports.
Cette mobilisation s’est étendue à d’autres pays. A Londres, le 4 février, ce sont 40 000 personnes qui manifestaient contre ce décret et contre la “collusion” de Theresa May avec Trump.
Le 12 février, 20 000 manifestants se rassemblaient à Mexico contre les déclarations de Trump visant les sans-papiers mexicains.
Mais Trump n’est pas le seul à rejeter réfugiés et sans papiers. Pour cette raison, le 18 février à Barcelone, 160 000 manifestants ont exigé l’accueil immédiat des 16 000 réfugiés que le gouvernement espagnol s’était engagé à accueillir (1100 seulement l’ont été). Cette marche gigantesque, intitulée “Nous voulons accueillir” s’est tenue dans le cadre de la campagne “chez nous, c’est chez vous”.
Pour cette même raison aussi, des manifestations ont lieu en France : ainsi, à Grenoble le 21 janvier une manifestation régionale en solidarité avec les migrants. Ainsi des rassemblements en défense de ceux qui sont inculpés pour “délit de solidarité” avec des migrants dans la vallée de la Roya.
Certes, en France, on est encore loin de rassembler d’aussi puissantes manifestations qu’à New York, Londres ou Barcelone. Mais elles sont un encouragement à persévérer : la solidarité n’a pas de frontières.

UE – Turquie : un accord anti-migrantEs

Le 18 mars 2016 l’UE signe avec la Turquie un “accord” prévoyant le renvoi dans ce pays de tous les migrantEs arrivéEs illégalement en Grèce, ce à partir du 20 mars. Pour les “accueillir”, la Turquie reçoit 3 milliards de l’UE et en recevra 3 autres d’ici 2018. L’UE promet d’aller progressivement à la suppression des visas pour les Turcs,
sous beaucoup de conditions. Cet accord est en fait dangereux pour les migrantEs puisqu’il les envoie dans un pays qui ne connaît pas le statut de réfugiéE, n’appliquant que partiellement la Convention de Genève. L’UE, dans cet accord, caractérise la Turquie comme un “pays sûr”, ce qui est de moins en moins vrai.
Il s’agissait, pour l’Europe “forteresse”, d’externaliser ce qu’elle appelle la crise migratoire. L’accord prévoit que pour un Syrien entré illégalement en Grèce et renvoyé en Turquie, un Syrien (vivant en Turquie) pourra s’installer légalement en Europe (cette mesure ne pouvant pas concerner plus de 72 000 personnes).
Résultat après 10 mois de fonctionnement de cet accord :
– plus de 50 000 réfugiéEs bloquéEs en Grèce dans des Hotspots : de là, beaucoup sont renvoyéEs en Turquie.
– la Turquie a fermé sa frontière avec la Syrie, bloquant des files de réfugiéEs de l’autre côté, dans des conditions de vie inhumaines, face à la guerre.
Cette route vers l’Europe étant, de fait, fermée aux réfugiéEs, des passages s’organisent à travers la Lybie. Et que propose l’UE ? Elle réfléchit à un accord avec la Lybie, du même genre que celui passé avec la Turquie…

Le délit de solidarité, racisme d’État et répression politique

Le délit de solidarité est au départ instauré par la loi Daladier, en 1938, dans un climat particulièrement xénophobe. Ce décret prévoyait l’internement des “indésirables étrangers”. Il est élargi en 1939 pour permettre l’internement “de tout individu, Français ou étranger, considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique”. Ainsi, dès 1939, les camps d’internement français accueillent les réfugié-e-s de la guerre civile espagnole.
Ce délit de solidarité a été remis au goût du jour sous Sarkozy avec le Code de l’entrée et du séjour des étrangers.
Face au tollé provoqué, le gouvernement avait calmé le jeu en prétendant que cet article de loi ne s’appliquait que pour les personnes ayant été rétribuées pour leur aide.
Grâce à la mobilisation pour les migrant-e-s, le gouvernement
annonce en 2013 la fin du délit de solidarité uniquement dans le cas des “actions humanitaires et désintéressées”.
Mais, en plus de limiter l’aide aux migrant-e-s à de la charité, les fameuses “actions désintéressées sans contreparties directes ou indirectes” laissent toute latitude à l’État de poursuivre qui bon lui semble. Aujourd’hui par exemple des militant-e-s sont poursuivis pour avoir laissé des migrant-e-s faire la vaisselle chez eux, ce qui est considéré comme de la “rétribution
indirecte”… Le délit de solidarité réaffirme donc aujourd’hui la volonté de l’État d’emprisonner pour des raisons politiques…

Nouvelles lois : sur l’asile (29/07/2015), sur le droit des étrangers (7/03/2016) ; sur la “protection de l’enfant” (14/03/2016)…

Déboutés du droit d’asile : le “retour” contraint

Le Code de l’Entrée et du Séjour des Étrangers et du Droit d’Asile (Loi CESEDA) de 2016 a considérablement aggravé la situation des déboutés du droit d’asile. Tout a été fait pour réduire les délais d’appel, l’intervention des juges des libertés, pour contraindre ces personnes à retourner dans leur pays d’origine, même si leurs enfants sont scolarisés ici, même si ce pays n’est pas vraiment “sûr”. À Lyon, l’Office Français de l’Immigration et l’Intégration (OFII) expérimente un “dispositif de préparation au retour”/DPAR qui existe déjà en Moselle. Un centre a été ouvert à cet effet à Gerland.
Des familles en situation irrégulière sont accueillies, comme s’il s’agissait d’un hébergement. Mais, là, elles reçoivent une assignation à résidence et une obligation de quitter le territoire français.
Ce centre n’est donc pas un lieu d’hébergement, mais un centre de rétention qui ne dit pas son nom. La Préfecture du Rhône explique qu’il s’agit surtout de faire de “l’accompagnement” et que c’est un contrat qui est proposé pour le retour dans le pays d’origine ou un pays tiers.
Mais les termes du contrat sont bien que si les déboutés du droit d’asile ne partent pas, ils perdent le droit à l’hébergement d’urgence et sont, de fait, jetés à la rue. On ne les force pas à partir, mais on rend leur vie, déjà très difficile, carrément impossible et le “retour” contraint est mis en œuvre.
Un rassemblement a eu lieu devant ce centre à l’appel de Jamais sans toit contre ce chantage à l’hébergement, contre les méthodes employées pour forcer les déboutés du droit d’asile à s’en aller. Et si les moyens affectés à la chasse aux étrangers étaient consacrés à les accueillir dignement ?

CADA : l’alerte de travailleurs du secteur social

Les conditions d’accueil surannées des foyers de travailleurs migrants, empirées par le manque d’entretien de bâtiments parfois promis à la destruction, sont le quotidien des demandeurs d’asile. Infestations diverses, sanitaires collectifs en trop petits nombres, travaux de rénovation perturbant la vie d’espaces habités… La liste des contraintes et désagréments des habitats dédiés à l’Asile est longue. Ces conditions matérielles difficiles sont empirées par des objectifs budgétaires restrictifs, diminuant sans cesse la présence des professionnels sur site.
Le taux d’encadrement des CADA, fixés par la loi à 1/15, fait bientôt figure d’exception, et il est bien inférieur dans les autres structures d’hébergement. Certaines missions, essentielles au bien être des résidents comme des travailleurs, sont fatalement laissées de côté.
Les caméras de surveillance ont remplacé les gardiens de nuit, rendant plus vulnérables encore à l’influence de réseaux de toutes sortes les résidents. L’animation et les temps de vie collective sont réduits. Ne pouvant répondre aux demandes et besoins des résidents, les équipes de professionnels, désorganisées,
impuissantes, travaillent dans l’indignation et le sentiment d’échec. Les arrêts maladie se succèdent dans des équipes à bout de souffle.
Syndicats, médecine du travail sont sollicités pour que la souffrance des professionnels et la nécessité de réorienter les politiques de l’Asile soient prises en compte.
À terme c’est la disparition des missions d’accompagnement sur la procédure de demande. Pourtant, en 2004, l’association France Terre d’Asile estimait le taux d’obtention d’un statut de réfugié à 70% en CADA contre 15% pour les demandes ayant été réalisées hors centre.
Au manque de places semble donc devoir s’ajouter la détérioration des conditions d’accueil et de travail sur les sites existant. À quand une véritable réflexion sur l’accueil et l’intégration des demandeurs d’Asile ?

Pour la protection et la scolarisation de tous les enfants en danger

Médecin du Monde (MdM) estime à 10 000, en France métropolitaine, le nombre de
jeunes qui ont fui des pays en crise et survécu à la violence des parcours migratoires. En 2016, 60% des mineurs rencontrés par MdM n’ont été ni logés, ni nourris quotidiennement.
Ces exilés vulnérables sont victimes de la réduction des budgets sociaux, des nouvelles lois sur l’asile et le droit des étrangers, sur la “protection de l’enfant”. L’évaluation de la minorité et de l’isolement se fait dorénavant selon six points (état civil, composition familiale, conditions de vie dans le pays d’origine, motifs de départ et parcours migratoire, conditions de vie depuis l’arrivée en France, projet de la personne). Le principe selon lequel “le doute profite à l’intéressé” est largement mis en cause.
La Mission pour l’Évaluation et l’Orientation des Mineurs Isolés Étrangers (MEOMIE) qui dépend de la Métropole de Lyon et de l’Aide Sociale à l’Enfance croit voir des “faux mineurs” partout. Suspicion permanente, intimidations, mise à la rue, comparutions immédiates et condamnations s’enchainent (amendes et peines de prison). Si la Cour d’appel a annulé récemment certaines condamnations, des jeunes ont passé plusieurs mois en prison. Et combien d’autres n’ont pu se défendre ?
Nous dénonçons la violence institutionnelle subie par les jeunes (mineurs ou majeurs), le nombre croissant de jeunes jetés à la rue, privés de soins et d’école ; et nous dénonçons les textes à l’origine de cette situation.
Nous réclamons l’aide sociale de tous les MIE ; l’arrêt des enquêtes et poursuites judiciaires pour des questions.

CAO et CAOMI : “mises à l’abri” ou centres de tri ?

Les CAO (centres d’accueil et d’orientation) sont des “dispositifs de mise à l’abri temporaires”, qui, depuis
2015, ont accueilli les délogés des campements (Grande Synthe, Calais, Paris…). Des circulaires ministérielles établissent les normes d’ouverture, de fonctionnement et conditionnent ces “lieux de répit” : l’étranger doit “reconsidérer son projet migratoire”, “renoncer à rejoindre illégalement le Royaume-Uni” et réfléchir à l’opportunité de formuler une demande d’asile. Plus de 5 000 exilés de la Lande de Calais ont ainsi été dispersés sur l’ensemble du territoire.
Les CAOMI (centres d’accueil et d’orientation pour les mineurs isolés) sont des structures dérogatoires au droit sur la protection de l’enfance : les MIE qui y sont
hébergés n’ont pas de statut juridique. À Calais, 1600
mineurs étaient dénombrés à l’été 2016. Un premier “tri” a été effectué, sur place, par le Home Office et 274 mineurs ont pu rejoindre leur famille. Un autre tri, souvent sur les apparences, a séparé “mineurs” et “majeurs”. Puis on a proposé aux “mineurs” d’aller dans des CAOMI en leur disant que des officiers anglais viendraient s’occuper de leurs dossiers.
CAOMI de Chatillon d’Azergue (Rhône) : ouvert en
grande pompes début novembre, il est fermé en catimini début février. Sur les 36 jeunes, 3 ont pu légalement rejoindre leur famille. Une vingtaine sont repartis vers le nord. 10 jeunes ont suivi des cours au collège voisin.
Début février, 4 “mineurs” ont été transférés dans un
foyer à Villefranche, 5 déclarés majeurs ont été transférés dans un CAO pour adulte, et un jeune est reparti. Ces dispositifs proches des hotspots aux frontières de l’Europe dérogent au droit commun. Ils favorisent le tri des exilés en vue de l’éloignement du plus grand